CONTACT
(David Bart par David Bart)

Dans mes premières vidéos, je cherchais à créer des images subliminales en montant les bandes vidéos HI8 en image par image. Cela provoquait des sautes d’images et de sons, des scratchs, des instants de neige. Je m’intéressais alors à la détériorations des images au profit d’une nouvelle lecture de celles-ci. Par ces images reconstituées, je désirais montrer autre chose que ce qui était à première vue reconnaissable, identifiable. Des choses cachées, inconscientes, peut-être.

C’est plus tard que j’ai été amené à travailler à partir de la pellicule, la vidéo seule ne correspondant plus à mes intentions. «La menace de réalisme que l’appareil photo ou le film faisaient peser sur le peintre ou sur le cinéaste les a amenés à innover. C’est cette innovation qui a permis de retrouver un équilibre, une culture commune, pour ne pas parler de démocratisation» (Paul Virilio in CyberMonde, la politique du pire).

Après avoir travaillé plusieurs méthodes de filmages, refilmages, re-refilmages, interventions sur pellicules Super-8 et 16mm, surimpressions, développements, j’ai approfondi une méthode de surimpressions par contacts.
C’est en tirant la pellicule exposée (mais pas encore développée) de sa cartouche Super-8  que j’ai expérimenté cette technique. Après avoir exposé le film une première fois via la prise de vue, je tire l’extrémité de la bobine écrite «Exposed». Ensuite je la déroule entièrement dans le noir complet. Puis, toujours dans l’obscurité, à l’aide de pellicules préalablement développés (Super-8, 16 et 35 mm), de bouts de papiers, d’objets translucides et aussi outils informatiques (captures d’écran, impressions sur feuilles transparentes...) entre autre, je les dispose par contact contre la pellicule sortie de la cartouche et procède à des flashs de lumière pendant des durées très courtes (calculées au posemètre). Cette méthode pourrait s’apparenter pour moi aux collages de Kurt Schwitters. Il collectait des tickets, des bouts de journaux, des images voire des petits objets puis il en faisait des compositions harmonieuses.
Enfin, une fois le film entièrement impressionné une deuxième fois, je le rembobine dans sa cartouche et le fait développer.

C’est peut-être un peu du hasard, même si les éléments sont maîtrisés indépendamment les uns des autres. C’est la rencontre improbable et aléatoire de tout ces éléments là, qui donnent une réponse inattendue. «Et pourtant il faut du hasard. Sans lui, pas de surprises. Et la surprise est nécessaire pour éviter l’ennui» (Jean Grenier in Essais sur la peinture contemporaine).