Mardi 5 juillet : Braquage fait son drôle au Festival International du Film de La Rochelle

« Le burlesque n’est en définitive que la forme la plus déconcertante du lyrisme »                                                                                                                                                                                                                                                            Robert Desnos, 1927

Art de l’attraction, le cinéma s’est donné dès son origine la lourde tache de mettre en scène, de saisir par le cadre, les gestes et les attitudes de la modernité naissante de la fin du 19ème siècle. S’inspirant d’une tradition mi-scientifique, mi-spectaculaire, le cinéma invente un entre-deux où il lui est loisible de prolonger des études sur le corps, le visage, le mouvement. Muybruidge, Marey demandaient à leur modèle de poser nus pour les bandes photographiques qu’ils réalisaient d’eux. Sans se dévêtir, les artistes du burlesque ont inventé un nouvel art du corps, dans l’excès, l’exagération, l’élasticité.
En écho à la rétrospective Keaton, cette séance de cinéma expérimental regroupe 5 films qui permettent chacun d’aborder un des fondements du burlesque : la course-poursuite ; la démultiplication (des chutes, des gestes répétés…) ; l’envole (jet, projection en haut vol) ; la destruction (systématique, des codes, des décors, des corps…) ; et le vestige (la nostalgie, la séquelle, la propagation). Cette séance convoque également des films primitifs des opérateurs Lumière, une des racines du cinéma où les (fictions du) corps s’incarnent dans des mises en scène fantasmagoriques, théâtrales et pour autant empruntes d’un mystère très ancien.
En 1868, Baudelaire, inspiré après avoir assisté à un spectacle de clown, écrivait : « C’était le vertige de l’hyperbole ». Le burlesque au cinéma prolonge et démultiplie cette perception d’étourdissement et d’émerveillement poétiques.


Course poursuite
LE FAUX CUL DE JATTE Film Lumière,
France, 1895, 1 minute, muet, N&B
Un mendiant cul-de-jatte se retrouve
piégé par un policier. Seule issue :
la fuite.

KEATON’S COPS de Ken Jacobs, USA,
1991, 23 minutes, N&B
Cops de Keaton revu par le cinéaste Ken
Jacobs. « Il est des films que l'on prend
plaisir à voir fréquemment, en partie ou
dans leur intégralité. Avec celui-ci, il ne
s'agit que du «cinquième» de Cops. »
Ken Jacobs


Démultiplication
BATAILLE DE NEIGE Film Lumière, France, 1895, 1 minute, muet, N&B
Dans ce film comique, plusieurs personnes s’adonnent à un jeu en vogue en 1895 : le chamboule tout sur vélocipédiste.

MOSAIK MECHANIQUE de Norbert Pfaffenbichler, Autriche, 2007, 10 minutes, N&B
Dans A Film Johnnie, Charlot confond sans cesse le plateau de cinéma et la "réalité". Avec Mosaik Mechanique, Norbert
Pfaffenbichler invite le spectateur à reconstruire l’intrigue du film de Charlie Chaplin.


Envol

ASSIETTES TOURNANTES de Louis Lumière, France, 1895, 1 minute, muet, N&B
Ce film rend hommage à l’habileté du prestidigitateur Trewey qui sait faire virevolter des assiettes au-dessus de sa tête
mieux que personne.

PLATES de Gary Goldberg, USA, 1990, 11 minutes, N&B
Ayant pour vedettes le duo comique Bill Rice / Taylor Mead, ce film les met en scène en train de s’échanger des assiettes vides pour le dîner. La répétition de leur geste rappelle celui tant vu des lancers de tartes à la crème, mais de manière décalée.

Destruction
DÉMOLITION D’UN MUR de Louis Lumière, France, 1895, 1 minute, muet, N&B
Travail d’ouvriers : faire s’effondrer un mur en moins d’une minute, et pour tenir ce court délai, tout le monde s’y met.

BREAKFAST (TABLE TOP DOLLY) de Michael Snow, Canada, 1972, 15’, 16mm, muet, N&B
« La table d'un petit-déjeuner appétissant subit, avec abnégation et jubilation, jusqu'à sa complète destruction, des assauts répétés, lents et non identifiés. Breakfast se présente comme le visage hilare de quelqu’un qui accomplit minutieusement une bêtise. »
Claudine Eizykman

Vestige
JEAN QUI PLEURE ET JEAN QUI RIT de Georges Hatot (film Lumière), France, 1895, 1 minute, N&B
Cette saynète de Georges Hatot, opérateur Lumière, met en scène le personnage célèbre du théâtre de masques, qui se rend compte des vicissitudes de la vie, et cela se lit sur son visage.

FILM d’Alan Schneider, USA, 1965, 24’, sonore, N&B
Un homme rentrant chez lui se rend compte qu’il ne supporte plus la présence du monde, le regard posé sur lui par ce qui l’entoure, mais ne peut se débarrasser de son propre regard. Collaboration unique, devant la caméra d’Alan Schneider, de Samuel Beckett et Buster Keaton.


Festival International du Film de La Rochelle > Cinéma de La Coursive > Salle Bleue >4 Rue Saint Jean du Pérot > La Rochelle > www.festival-larochelle.org > 05 46 41 41 79 > 14h30