En écho à l’exposition consacrée à Geneviève Asse, cette séance de courts métrages expérimentaux est traversée par la question de la création à partir du blanc : blanc de la pellicule transparente, blanc comme couleur filmée, et les relations avec les autres couleurs, blanc de l’écran qui surgit lors de moments de projection. « Avec mon bleu, je franchis les formats, je gagne une dimension plus vaste. La couleur a un rythme qui m'entraîne. Elle nourrit une toile et un autre bleu : les tableaux se répondent. » écrit Geneviève Asse. Ici, c’est le blanc qui partage ces mêmes possibilités. Générateur de vision, le blanc permet le passage du visible vers l’invisible, de l’apparition vers la disparition, de la mort vers la résurrection. Qu’il soit subit, inventé ou utilisé tel quel, il n’est jamais tout à fait le même et c’est dans ces variations que le scintillement se dessine, que l’intermittence jaillit, que le mouvement apparaît. Obstrué puis révélé, c’est par le blanc que s’opère la projection. Le perturber revient à rechercher dans sa cristalline couleur toutes ses variations, toutes ses apparitions qu’il invente.

« Et ‘blanc’ sort. Blanc absolu. Blanc par dessus toute blancheur. Blanc de l’avènement du blanc. Blanc à rafales de blanc. Dieu du ‘blanc’. Non pas un dieu, un singe hurleur (Pourvu que mes cellules n’éclatent pas). »
Henri Michaud, Misérable miracle

Pascal Auger - Juste avant midi (1986, 16 mm, couleur, sonore, 7')
C'était un mercredi, ce jour-là le vent s'est mis à souffler. Mise en suspens d'une matinée d'été, avec pour principaux ingrédients le blanc d'un mur, le bleu du ciel, la lumière, le bruit des vagues... « Dans Juste avant midi, le vent est un élément d’ouverture ; il s'offre au cinéma par son instabilité, sa mouvance et le cinéma s'ouvre à lui par son mouvement et ses rythmes propres.»
Prosper Hillairet

Tony Morgan - Writing (1994, 16 mm, n&b, silencieux, 3')
À propos de peinture et de Cézanne. Le film Writing montre qu'à chaque trait de pinceau, appliqué ou éliminé, la peinture est achevée. Dans le film en noir et blanc, des touches blanches sont appliquées sur une surface noire. Cette écriture blanche est ensuite effacée d'une couche de peinture noire. Chaque touche peut être la dernière, la fin du film, la fin d'un tableau.

Chris Welsby - Drift (1994, 16 mm, couleur, sonore, 17')
Marcher le long de l'océan est une expérience satisfaisante quelle que soit l'époque de l'année, mais en hiver, le brouillard est dense et le paysage assume la quintessence du pacifique nord. C'est à ce moment précis de l'année que l'attention ne bénéficie pas de point de référence. Le film comprend une série de panoramiques à partir de différents angles et à partir d'une grande diversité de jours d'hiver. La caméra effectue des panoramiques de gauche à droite comme si elle recherchait quelque chose dans le brouillard. Ainsi, par exemple, un plan distinct d'un cargo se dissout dans un plan blanchi de brouillard intense.

Rose Lowder - Boucles - Loops (1976-1997, 16 mm, couleur, silencieux, 6')
Ce film, minimaliste dans sa forme, crée des modulations et des variations à partir d’une ligne et de points qui donnent l’impression d’un volume obtenu par des effets visuels purement cinématographiques, liés à l’intermittence et à la persistance des images. En résulte la découverte d’effets cinématographiques qui peuvent être produits selon la modulation des caractéristiques des formes, des couleurs et des traits présents sur la bande-image transparente.

Len Lye - Particles In Space (1979, 16 mm, n&b, sonore, 4')
« Particles In Space s'intéresse à l'énergie du mouvement ; façonner la lumière à partir des ténèbres en grattant l'émulsion. Dans ce film, Len Lye se concentre sur les plus fines particules compactes d'énergie, comme jamais il ne l'avait fait dans aucun autre film. Le contrepoint musical provient de percussions africaines. »
Roger Horrocks

Olivier Fouchard - 9,5 >16 (2005, 16 mm, n&b, silencieux, 3')
9,5>16 est sans doute l'aboutissement des recherches entreprises il y a dix ans sur « les rayogrammes » ou encore « tirages à plat » sur pellicules cinématographiques. 9,5>16 est un pur rayogramme filmique débarrassé de tout motif figuratif.

Sébastien Ronceray - Indécryptées (2009, 16mm, n&b, silencieux, 5’)
Sur de la pellicule 16mm transparente ont été scotchées des bribes décollées par arrachement de bandes magnétiques d’une VHS sur laquelle avait été préalablement enregistré un extrait de La ligne générale/L’ancien et le nouveau de Eisenstein. Film de Found footage reprenant dans le film d’Eisenstein des images, devenues illisibles par le changement de support. Ce collage abstrait dessine alors d’autres paysages, génère d’autres rythmes, mais toutefois demeure une forme d’extase.

Carole Arcéga (films et lumière) et Isabelle de Mullenheim (musique, diffusion) - Scorie (2009, performance pour projecteur 16mm, rétroprojecteur et musique en direct, sonore, 35’)
Enlever le corps convention du film : scénario, narration, acteur, photographie…
Ajouter le squelette invisible du film : celluloïd, poussière, scotch, rayures…
Se révèle la lumière en mouvement et les traces du temps, quintessence cinématographique. Histoires de poussières, visuelles et sonores.

 

Mardi 15 décembre à 19h aux Beaux-Arts de Rouen
Séance autour de l’exposition Geneviève Asse
présentée par Sébastien Ronceray