36ème festival international du film de la Rochelle
du 27 juin au 7 juillet 2008


ERICH VON STROHEIM
de Maurice Lemaître

Carrée Amelot
mardi 1er juillet 17h30

«Ce n’est pas tout à fait vivant ce qui se passe sur l’écran, il reste dedans une grande place trouble, pour les pauvres, pour les rêves et pour les morts.»
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit.

«Film manifeste, cet hommage à l’auteur de Foolish Wives (Folies de femmes, 1921-22) est tout le contraire de l’embaumement mortifère. On peut mesurer ici, preuves à l’appui, l’admiration, jamais occultée, que porte Maurice Lemaître aux véritables créateurs du cinéma. On peut aussi relire sa préface au Erich Von Stroheim de Bob Bergut (Editions Le terrain vague, 1960). «Il n’est pas d’acteur auquel j’ai autant désiré ressembler dans mon adolescence » disait Lemaître de Stroheim. Du personnage il aura encore retenu l’orgueil et la puissance au travail.»
                                                                                                                         Éric Lombart

Cinéaste, plasticien, poète, théoricien, Maurice Lemaître est l’un des fondateurs du mouvement lettriste, qui se révèle au grand jour au début des années 1950 avec les films Traité de bave et d’éternité réalisé par Isidore Isou, et Le film est déjà commencé ? de Maurice Lemaître. Son Erich von Stroheim, véritable étude visuelle,  s’inclut dans sa série des films imaginaires. Il y développe certains des fondements de la création lettriste du cinéma : prise de conscience par le spectateur des processus cinématographiques, détournement des images que l’ont « fait travailler », désynchronisation entre sons et images (la discrépance), interventions sur la pellicule… Mais ce film est surtout un hommage à l’art du cinéma muet (Griffith, Leni, Man Ray, Ince, Falconetti, Asta Nielsen, Louise Brooks…), en particulier aux inventions formelles de Stroheim. Lemaître évoque l’humanité violente des films de Stroheim, ainsi que les vices et la tendresse qui brûlaient la pellicule, de la cruauté des allusions, il commente l’art de l’auteur de Foolish Wives comme étant un concentré d’impudeur. Lemaître commente, énonce, se fait bonimenteur pour affirmer son admiration pour les cinéastes du muet.

STARS

Salle Dragon 3
lundi 30 juin 22h

I’ll be your Mirror > Nico & le Velvet Underground

En écho aux hommages proposés cette année à trois figures majeures du cinéma américain (Erich von Stroheim, Eric Von Sternberg et Nicholas Ray), cette programmation interroge la question de la Star. L’imagerie composée autour de ce symbole de l’identification est déconstruite, recomposée, ou idéalisée par les pratiques de cinéastes expérimentaux (qui ne se privent pas pour certains de proposer de nouvelles icônes, telles celles qui fleurissent dans le cinéma underground américain, à travers Andy Warhol et ses SuperStars par exemple). Il est aussi question ici de détourner l’imagerie attirante conçue par les industries du spectacles (studios…), pour répondre au besoin d’un public avide de modèles, intrigué par les gestes et les attitudes de ces acteurs sur grand écran, véritable réceptacle de désir. De Marilyn à Madonna, en passant par Fred Astaire et Rose Hobart, ces figures ne sont utilisées dans ces films que pour réfléchir sur notre rapport aux images : spectateurs, nous sommes volontairement bernés par les soupirs archétypaux des Stars, ce qui participe à nous placer dans le champ des êtres qui s’intéressent aux images (comme le conclut Agamben, dans Images et mémoires – 1998 : « Une définition de l’homme de notre point de vue spécifique pourrait être que l’homme est l’animal qui va au cinéma. »). Ce programme de courts métrages expérimentaux s’attache à proposer une approche réflexive sur la Star, voire une approche en reflet, en miroir. Admiratifs ou critiques, ces films affirment en tous cas que la Star, qui semble se tenir au « centre solaire du cinéma » (comme la situait Edgar Morin), renvoie son image vers nous, forgeant ainsi de multiples doubles idéaux, idéalisés, mais aussi révulsifs et pervers.

 

L’Arrivée de Peter Tscherkassky
Avec ce film, Peter Tscherkassky alimente sa trilogie d’analyse des principes du cinéma. Outer Space travaille entre autre sur les espaces (dans l’image, dans la salle…) et leur déchirure ; DreamWorks observe les puissances de la transparence de la pellicule, et L’Arrivée synthétise toutes les histoires du cinéma : un écran blanc accueillant des images projetées qui glissent (dérapent) comme un train sur des rails dans le projecteur, puis se stabilisent pour laisser apparaître la star, son amant, et le baiser qui les unira…

Home Stories de Mathias Müller
Suite d’images, prélevées dans des classiques hollywoodiens, regroupées et montées par un collectionneur de gestes et d’icônes. Ici, la solitude si présente dans le mélodrame, et l’attente jouée avec ces attitudes si expressives, si communes, si identifiables. Ici, la solitude si présente dans le mélodrame, l’attente jouée avec ces attitudes si expressives, si communes, si identifiables. « J’ai découvert ces films à la télévision et c’est pour cela que je les ai refilmées pour mon film en vidéo, pour montrer comment elles sont perçues maintenant »
                                 Matthias Müller, in Exploding n°2 : Le Ralenti, mai 1999

Hall of Mirrors de Warren Sonbert
« Ce film résulte d'un exercice donné à Sonbert en cours de cinéma à la New York University où on lui avait donné les chutes d'un film hollywoodien photographié par Hal Mohr pour qu'il le remonte en une séquence narrative. En complément de ces images, Sonbert filma deux superstars de Warhol Rene Ricard et Gerard Malanga dans des moments intimes et introspectifs. »
                                                                                                                    Jon Gartenberg

Mirror Mechanics de Siegfried Fruhauf
« Le miroir qui reflète, loin de reproduire fidèlement ce qui passe devant lui inverse l’image qu’on lui propose. Il est énigmatique tout en semblant dévoiler un mystère. Le mécanique, c’est ce qui obsède Siegfried Fruhauf depuis son premier film, La Sortie : les personnages font partie de la matière, leurs gestes sont étudiés et répétés, la pellicule sort de ses gons. Chaque film de Siegfried Fruhauf semble être un point de non-retour, une technique poussée à l’extrême. »
                                                                                 Cécile Giraud, in Objectif Cinéma

Rose Hobart de Joseph Cornell
«Le premier film de Joseph Cornell illustre bon nombre des idées qu’il a ensuite précisées à propos de Hedy Lamarr et Jennifer Jones. Il s’agit essentiellement d’un remontage de East Of Borneo, drame de la jungle tourné en 1931, avec Rose Hobart. Cornell pensait que ce film parlant contenait «des passages rappelant combien le film muet a le pouvoir d’évoquer un monde idéal de beauté». Dans ce film, il rappelle la fluidité obligatoire du montage hollywoodien de l’époque et fait mieux ressortir encore la brutalité de sa propre reconstruction.»
                                                                                                                   P. Adams Sitney

Filmarilyn de Paolo Gioli
Quand Gioli anime les photographies issues des célèbres planches contacts que Bert Stern fit de Marilyn Monroe, il fait la preuve par la réciproque de l'interrogation de Bergson. Il ne peut pas y avoir plus de "faux mouvement" que dans l'animation de ces images ; et cependant dans ce faux mouvement transparaît soudain la dimension psychologique du modèle, qui manquait singulièrement dans les clichés que nous connaissons tous. "Comme si j'étais moi-même le premier à entrer avec ma caméra dans sa chambre funéraire…" disait Gioli.

Hey Madonna de Mike Hoolboom
Troisième envoi d’un échange épistolaire avec Madonna. Formaté comme une lettre, ce film comporte des moments synchrones (la visite chez un médecin, souvenirs d’une mort) contant l’histoire de deux anciens amants, dont l’un est devenu séropositif. Un conte de fées endeuillé, avec les images d’un clip de la star provocante de la pop.

Public Astaire d’Olivier Fouchard
Olivier Fouchard, habitué de la reprise d’images, élabore une rencontre inédite : celle de Fred Astaire, de ces pas de danse mythique avec la musique du groupe Public Enemy. La technique du remploi révèle ici l’universalité des chorégraphies hollywoodiennes, tout en exposant son artificialité.